On imagine souvent la nature sauvage comme le summum de la richesse biologique. Pourtant, une étude scientifique récente vient bousculer nos certitudes en retraçant l’évolution de la flore et de la faune helvétiques sur les sept derniers millénaires. Les résultats montrent que, pendant une très longue période, l’être humain n’a pas été le bourreau de la biodiversité, mais son principal allié.
L’ouverture des paysages : un moteur de diversité
Tout commence au Néolithique. Avant l’arrivée des premiers agriculteurs, la Suisse était largement recouverte de forêts denses et sombres. En défrichant de petites parcelles pour cultiver et élever du bétail, les populations humaines ont créé des mosaïques de milieux. Ces lisières, prairies et champs ont offert de nouveaux habitats à une multitude d’espèces qui ne pouvaient pas survivre sous la canopée forestière continue.
Cette dynamique s’est poursuivie pendant des siècles. L’agriculture traditionnelle, avec ses haies, ses vergers hautes-tiges et ses pâturages extensifs, a favorisé une explosion de la variété biologique. En multipliant les types de milieux, l’humain a permis à des plantes, des insectes et des oiseaux de coloniser des régions où ils étaient absents auparavant. Cette tendance positive s’est maintenue jusqu’à l’aube de l’ère industrielle.
Le tournant de la modernisation
Le constat des chercheurs est sans appel : le déclin massif que nous observons aujourd’hui est un phénomène récent à l’échelle de l’histoire humaine. Ce n’est pas l’activité humaine en soi qui pose problème, mais son intensification extrême depuis le XIXe siècle. La mécanisation, l’usage massif d’intrants chimiques et l’urbanisation galopante ont transformé ces paysages diversifiés en monocultures biologiques.
Cette perspective historique est essentielle. Elle nous rappelle que la nature suisse que nous chérissons est, pour une grande part, le fruit d’une cohabitation millénaire. Comme nous l’évoquions récemment à propos de l’évolution des insectes depuis 1930, la rupture est brutale et documentée.
S’inspirer du passé pour l’avenir
Si l’humain a su favoriser la vie par le passé, il peut techniquement le faire à nouveau. Les initiatives actuelles pour préserver les îlots de biodiversité ou transformer nos jardins en oasis s’inscrivent dans cette logique : recréer de la complexité là où nous avons imposé de l’uniformité.
Comprendre que nos ancêtres ont enrichi leur environnement pendant 7 000 ans offre un message d’espoir. La biodiversité n’est pas forcément incompatible avec l’occupation du territoire, à condition de retrouver un équilibre entre exploitation et respect des cycles naturels. C’est tout l’enjeu des stratégies de demain, comme celles discutées pour Genève 2040.
Sources
- Voici comment la présence de l’humain a dopé la biodiversité en Suisse pendant 7 000 ans – Science et vie — Science et vie
