Alors que la Ville de Genève déploie sa nouvelle stratégie pour la biodiversité, un détour par Berne nous rappelle que la nature urbaine est aussi une affaire d’esthétique et d’histoire. Une exposition consacrée au paysagiste brésilien Roberto Burle Marx (1909-1994) met actuellement en lumière l’héritage de ce géant du XXe siècle, dont les ondes graphiques et la passion botanique résonnent jusque dans nos parcs romands.
L’art de peindre avec les plantes
Burle Marx n’était pas seulement un jardinier ; il était peintre, sculpteur et botaniste. Il a révolutionné l’art du paysage en abandonnant les jardins à la française, trop rigides, pour créer des compositions abstraites utilisant la flore indigène de son Brésil natal. Ses jardins ressemblent à des tableaux vivants où les massifs de plantes forment des courbes organiques, rappelant les motifs des trottoirs de Copacabana.
Cette approche a profondément marqué l’architecture paysagère internationale après-guerre. À Genève, l’influence de ce modernisme végétal se lit dans la structure de certains espaces verts créés ou rénovés durant les Trente Glorieuses. On y retrouve cette volonté de marier le béton, la pierre et le végétal dans un dialogue fluide, loin des alignements classiques.
Une résonance genevoise
L’exposition bernoise souligne comment les principes de Burle Marx ont traversé l’Atlantique. À Genève, cette influence se manifeste par l’utilisation de contrastes de textures et de couleurs, ainsi que par une attention particulière portée à la structure des plantes. Si nos latitudes ne permettent pas l’exubérance tropicale du Brésil, l’esprit de Burle Marx survit dans la manière dont nous concevons aujourd’hui la nature en ville : non plus comme un décor figé, mais comme un système dynamique.
Cette vision est d’autant plus pertinente aujourd’hui. Alors que nous avons récemment observé les effets d’un été 2026 marqué par la sécheresse, repenser le jardin urbain comme un espace résilient et artistique devient une nécessité. Burle Marx fut l’un des premiers à militer pour la protection de la forêt primaire ; il voyait dans le jardin un outil de sensibilisation à l’écologie.
Vers une esthétique de la biodiversité
Le lien entre l’esthétique de Burle Marx et les enjeux actuels est frappant. En privilégiant les espèces locales et en créant des écosystèmes complexes plutôt que des pelouses monotones, il préfigurait les efforts actuels pour préparer nos jardins à la biodiversité. À Genève, l’héritage du maître brésilien nous invite à ne pas opposer design urbain et nature sauvage.
L’exposition à Berne est une occasion rare de comprendre comment la forme d’un massif ou le tracé d’une allée peuvent influencer notre rapport au vivant. En redécouvrant Burle Marx, nous redécouvrons que la nature en ville est un projet culturel autant qu’environnemental.
Sources
- Exposition. Burle Marx à Berne, du jardin tropical aux jardins genevois romands – La Liberté — La Liberté
