Pendant des décennies, le thuya a régné en maître sur nos jardins. Pratique, persistant et offrant un brise-vue immédiat, il a colonisé les quartiers résidentiels de Genève à Sion. Pourtant, derrière ce mur vert impeccable se cache un véritable désert biologique. Alors que le canton du Valais vient de lancer un programme de subventions pour encourager l’arrachage de ces conifères au profit d’espèces indigènes, il est temps de se demander pourquoi nos thuyas ne sont plus les bienvenus.
Le thuya, un désert pour la biodiversité
Le principal reproche fait au thuya (souvent le Thuja occidentalis) est son origine exotique. Originaire d’Amérique du Nord, il n’a pas évolué avec notre faune locale. Pour un oiseau ou un insecte de nos régions, une haie de thuyas est l’équivalent d’un mur de plastique : elle n’offre ni nourriture, ni abri de qualité. Les feuilles de thuya sont toxiques pour la plupart des larves d’insectes, et ses graines n’intéressent que très peu d’espèces d’oiseaux.
De plus, l’acidification du sol provoquée par la décomposition de ses aiguilles empêche souvent d’autres plantes de pousser à son pied. En choisissant de transformer votre jardin en oasis de biodiversité, vous permettez à tout un écosystème de respirer à nouveau.
Les avantages des haies indigènes
Remplacer une haie de thuyas par des essences locales comme le charme, le troène, l’aubépine ou le sureau change radicalement la donne. Ces arbustes offrent des fleurs pour les pollinisateurs au printemps et des baies pour les oiseaux en automne. C’est un cycle de vie complet qui se réinstalle chez vous.
Ces haies mixtes sont également plus résilientes face au changement climatique. Contrairement aux thuyas qui souffrent de plus en plus des sécheresses estivales et des attaques de buprestes (petits coléoptères ravageurs), les espèces locales sont naturellement adaptées à nos conditions de sol et de météo.
Un coup de pouce financier pour la nature
La prise de conscience institutionnelle progresse. Le récent programme valaisan montre que la collectivité est prête à soutenir financièrement les propriétaires qui font l’effort d’arracher leurs thuyas. Ces aides ne concernent pas seulement la flore : elles encouragent aussi l’installation de nichoirs à chauve-souris ou à oiseaux, compensant ainsi la perte temporaire d’abri lors des travaux.
À Genève, où nous luttons pour préserver les îlots de biodiversité, chaque mètre linéaire de haie indigène compte. Une haie diversifiée permet par exemple de créer des corridors de déplacement pour les petits mammifères. C’est un enjeu vital pour protéger les hérissons à Genève, qui ont besoin de jardins connectés et accueillants pour survivre en milieu urbain.
Comment s’y prendre ?
Si vous décidez de franchir le pas, le printemps est une période idéale pour planifier ces changements. Voici quelques conseils simples :
- Diversifiez les essences : Ne remplacez pas une monoculture par une autre. Mélangez trois ou quatre espèces différentes.
- Pensez aux strates : Laissez un peu d’espace au pied de la haie pour des plantes vivaces.
- Installez des nichoirs : Pour compenser l’absence de cachettes le temps que la nouvelle haie pousse, installez des abris pour la faune.
En remplaçant vos thuyas, vous ne faites pas que changer l’esthétique de votre jardin. Vous participez activement à la création d’une trame verte indispensable à la survie de notre faune locale. Un petit geste pour le jardinier, mais un grand pas pour la nature en ville.
Sources
- Arrachage de thuyas, nichoir à chauve-souris… Le Valais lance un programme de subventions en faveur de la biodiversité – Le Nouvelliste — Le Nouvelliste
