COP16 : un fonds mondial pour partager les bénéfices de l’ADN naturel

Alors que la COP16 sur la biodiversité bat son plein à Cali, en Colombie, un dossier technique mais crucial occupe les négociateurs : le partage des bénéfices issus de l’exploitation des données génétiques de la nature. Ce vendredi 23 octobre 2026, les discussions s’intensifient autour de la création d’un fonds mondial destiné à redistribuer une partie des profits réalisés par les industries pharmaceutiques et cosmétiques grâce aux ressources biologiques de la planète.

L’enjeu des données de séquençage numérique

Pendant des décennies, les chercheurs devaient prélever physiquement des plantes ou des micro-organismes pour en étudier les propriétés. Aujourd’hui, la science utilise le séquençage numérique (DSI pour Digital Sequence Information). En effet, une simple base de données informatique permet désormais de concevoir de nouveaux médicaments ou des produits de beauté sans avoir besoin de retourner sur le terrain. Cependant, cette dématérialisation a créé un vide juridique : comment rémunérer les pays d’origine, souvent situés dans le Sud global, lorsque leur patrimoine génétique est utilisé sous forme de code binaire ?

Vers une contribution des géants industriels

Le projet actuellement sur la table à Cali propose que les entreprises utilisant ces données contribuent à un fonds international. Ainsi, une part des revenus générés par les produits dérivés de la biodiversité reviendrait directement aux efforts de conservation et aux populations locales. Les pays en développement soulignent que sans ce mécanisme, l’accès libre aux données génétiques s’apparente à une forme de biopiraterie moderne. De plus, la mise en œuvre de ce fonds est perçue comme une condition sine qua non pour atteindre les objectifs ambitieux de protection de 30 % des terres et des mers d’ici 2030.

Une justice environnementale nécessaire

La position de la Suisse et de l’Union européenne dans ces négociations est scrutée de près. En tant que sièges de nombreuses multinationales de la chimie et de la santé, ces nations doivent concilier le soutien à l’innovation scientifique et le respect de l’équité mondiale. Pourtant, les points de friction demeurent nombreux, notamment sur le caractère obligatoire ou volontaire des contributions financières. Enfin, la question de la gouvernance de ce futur fonds reste à trancher pour garantir que l’argent serve réellement à la restauration des écosystèmes.

Pour Nature Montbrillant, ce débat illustre parfaitement l’interconnexion entre technologie, économie et préservation du vivant. Si nous voulons protéger la biodiversité genevoise ou mondiale, il est impératif que ceux qui profitent des ressources naturelles participent activement à leur régénération. Les décisions prises cette semaine à Cali influenceront durablement notre capacité collective à financer la sauvegarde de la nature face à l’urgence climatique.

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