En Suisse, les zones humides ne sont pas seulement des paysages bucoliques ou des réservoirs de carbone ; elles sont le cœur battant de notre biodiversité. Pourtant, une question divise souvent les protecteurs de la nature : faut-il laisser ces espaces totalement sauvages ou continuer à les exploiter ? L’Office fédéral de l’environnement (OFEV) apporte une réponse claire en ce mois de février 2026 : une utilisation durable est bénéfique, voire essentielle, pour la santé des marais suisses.
Sortir de la mise sous cloche
Pendant longtemps, la conservation a été perçue comme une mise sous cloche, une exclusion de toute activité humaine pour laisser la nature reprendre ses droits. Or, pour les marais, cette approche peut s’avérer contre-productive. Sans intervention, de nombreux marais s’embroussaillent, se comblent et finissent par perdre les caractéristiques spécifiques qui accueillent des espèces rares de fleurs et d’insectes.
L’exploitation durable, notamment par le fauchage tardif ou le pâturage extensif, permet de maintenir ces milieux ouverts. C’est une forme d’assistance humaine au vivant, un concept que nous explorions déjà récemment dans notre article sur la résilience des écosystèmes. En intervenant de manière ciblée, l’humain remplace les grands herbivores disparus ou les dynamiques naturelles perturbées par l’aménagement du territoire.
Un équilibre entre économie et écologie
L’OFEV souligne que cette gestion active ne doit pas être vue comme une contrainte, mais comme une opportunité. Les agriculteurs et gestionnaires de parcs deviennent les gardiens de ces équilibres fragiles. En utilisant les marais de manière respectueuse, on préserve non seulement la faune et la flore, mais on assure aussi la pérennité des services rendus par ces zones : filtration de l’eau, protection contre les crues et stockage massif de CO2.
Cette approche rejoint les efforts constatés dans d’autres régions, comme le travail des gardiens des sites naturels, qui démontrent quotidiennement que la présence humaine, lorsqu’elle est encadrée et consciente, est un atout pour la biodiversité.
Pourquoi les marais sont-ils si fragiles ?
Les marais suisses ont subi des pressions historiques majeures, notamment par le drainage pour l’agriculture intensive au siècle dernier. Aujourd’hui, même protégés, ils font face au réchauffement climatique et aux apports excessifs de nutriments. Une utilisation durable permet de retirer l’excès de biomasse (la matière organique) qui, sinon, étoufferait le milieu.
Comme nous l’avons vu avec l’importance de la qualité des sols, la santé d’un écosystème dépend de la circulation des nutriments. Dans un marais, une fauche régulière et exportatrice de matière permet de maintenir un sol pauvre en nutriments, condition sine qua non pour la survie des orchidées sauvages ou des droséras.
Agir localement pour un impact global
La préservation des zones humides est un pilier de la stratégie environnementale suisse. En favorisant une exploitation qui respecte les cycles naturels, la Confédération mise sur la durabilité à long terme. Pour nous, citoyens, cela signifie aussi apprendre à apprécier ces paysages non pas comme des terres incultes, mais comme des infrastructures naturelles vitales qu’il faut entretenir avec soin.
Sources
- Une utilisation durable est bonne pour les marais suisses – Bundesamt für Umwelt BAFU — Bundesamt für Umwelt BAFU
